RAVIVER OU PANSER LA PLAIE ?

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RAVIVER OU PANSER LA PLAIE ?

Message  max mayneris le Ven 14 Sep - 13:54

RAVIVER OU PANSER LA PLAIE ?
L'actualité fait resurgir la question de la torture en Algérie ... Certains déplorent un nouveau repentir inutile et négatif pour la cohésion nationale. D'autres y voient une tentative pour clore cette question qui restera récurrente tant que des personnes concernées et vivantes resteront hantées par le silence face à leurs interrogations, et tant que de hauts responsables de la Nation ne se sentiront pas libérés de toute obligation de répondre à ces interrogations. Quoi qu'il en soit, la question de la torture reste posée, et je me souviens d'y avoir été confronté à titre "privé", mais en tant qu'Officier supérieur et Saint-Cyrien. Ma réponse importe peu, ... sauf pour moi. C'est cette humilité qui m'autorise à en faire part dans cette circonstance !
Je ne me suis donc pas dérobé face à ceux qui attendaient impatiemment que je m'exprime. Je n'ai pas voulu, non plus, en rester aux réponses les plus souvent avancées : la torture est une méthode nécessaire, habituelle, donc acceptable, dans les confrontations avec des "civils armés" ou des terroristes; l'ennemi utilise les mêmes méthodes, en pire (ce qui était vrai...). Je n'ai donc pas donné mon point de vue par rapport au cas particulier de l'Algérie, n'ayant pas participé aux opérations très difficiles menées par mes "Anciens", parachutistes notamment. non sans succès tactiques. J'ai répondu sur un plan plus "général".

LE STATUT DE LA TORTURE*
" Après l'idée générale de la vertu, je n'en sais pas de plus belle que celle des droits ... Sans respect du droit il n'y a pas de grand peuple : on peut presque dire qu'il n'y a pas de société ...". Alexis de Tocqueville
" … le propre de notre époque, c’est qu’elle n’accorde le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l’Etat le tolère. Celui-ci passe donc pour l’unique source du droit à la violence ...". Max Weber

Ces deux "pensées" esquissent une approche de ce problème. La torture, comme tout usage de la violence, devrait être un "droit régalien" ( la formule n'est légère qu'en apparence). La torture prendrait place dans l'action de la justice, l'excluant comme châtiment, la tolérant dans les seuls cas qui l'apparentent à une "légitime défense". Cette question serait donc "réglée" par un recours au droit dont la mise en place ferait appel au pouvoir politique. Cette violence serait-elle admise avec des garanties et un consentement démocratique rétablissant la civilisation dans ce choix** ? Voilà une solution bien dessinée intellectuellement, mais qui repose sur les hypothèses d'une initiative politique et sur un consentement démocratique … bien improbables.

La torture ne se délivrera pas de l'effroi qu'elle met dans notre imaginaire et des images laissées par l'histoire. Elle sera donc, pour longtemps encore, laissée à la décision individuelle en dénouement d'une terrible confrontation entre des "valeurs humaines" qui la réprouvent et le devoir de sauver les siens qui peut y inciter. La voie de rédemption du "tortionnaire" conscient de son acte se réduit alors à sa force intérieure qui prononce ce verdict dans son intimité. Mais, pourquoi une justice ne pourrait-elle consentir à reconnaître des " circonstances atténuantes" dans le second cas évoqué ci-dessus. Cette dernière voie de rédemption, de l'honneur, impliquerait que la torture soit tenue pour un crime … a priori.
Le seul "crime" impardonnable restera de contraindre à l'emploi de la torture.


* ou de toute autre "technique" permettant d'accéder, malgré lui, aux informations nichées dans le cerveau d'un individu ...
** notons que l'Eglise Catholique a condamné la torture en 1816 (Pie VII ).
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max mayneris

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