Les dividendes de ... l'entreprise !

Aller en bas

Les dividendes de ... l'entreprise !

Message  max mayneris le Sam 25 Aoû - 10:54

LES DIVIDENDES DE … L'ENTREPRISE !
La France championne en économie: nos entreprises seraient les meilleures distributrices de dividendes aux actionnaires ! Bien entendu, cette nouvelle récente
a mis en émoi une partie des commentateurs, et en joie les "libéralistes", notamment ceux qui se sont exprimés sur un plateau TV. Les spécialistes en économie sont encore plus sectaires, dogmatiques et "clivés" que ne le sont les responsables politiques. Il vaut mieux, alors, que le non spécialiste tente de se faire une opinion par lui-même, à
partir de leurs déclarations par exemple. Les "libéralistes" ont ainsi affirmé :
- que la généreuse distribution de dividendes révèle de bons bénéfices et doit donc être accueillie favorablement ;
- que les dividendes ne sont que la récompense de ces bons résultats ;
- que les actionnaires réinvestissent généralement leurs dividendes dans l'entreprise ;
- que le montant des dividendes parait "choquant" au citoyen moyen parce que celui-ci apprécie mal l'écart des niveaux de responsabilité, et leur impact sur les bénéfices,
entre un actionnaire et une secrétaire ( c'est bien cette comparaison qui a été proposée en cours d'émission !); pour les mêmes raisons, il est naturel que le revenu d'un
actionnaire croisse bien plus vite que celui de sa secrétaire ;
- la morale n'a rien à faire en économie.

Cette présentation n'est pas du tout insensée, mais elle peut être partiellement contestée, et elle manque un peu de "retenue" dans certaines formulations ...

Le premier point est peu contestable, mais on peut ajouter qu'une augmentation des salaires, des embauches, ou des améliorations techniques nous auraient peut-être privés de ce titre de "champion des dividendes", mais auraient été tout autant révélatrices non seulement du bon niveau des bénéfices, mais de bonnes perspectives de croissance et d'une amélioration de la qualité de la production (non indépendante de la satisfaction des salariés).

Le deuxième point n'est pas non plus contestable, mais il serait bien, alors, que ces mêmes actionnaires soient aussi vigoureusement "récompensés" lorsque l'entreprise connaît des déboires; observons aussi que la bonification des actions (pour les entreprises cotées) est déjà la récompense décidée par le marché, et les dividendes un supplément décidé par ... des actionnaires ! Des économistes d'une grande notoriété ont aussi enquêté sur ce sujet et ont, hélas, abouti à la conclusion d'une faible corrélation entre le montant des dividendes et la réussite des entreprises …

Le troisième point est assez peu fondé: il n'existe pas de statistiques sur ce sujet, et l'emploi de leurs revenus par les actionnaires est une affaire personnelle, privée, leur entière liberté. Un actionnaire décidera donc, avec ses revenus, d'enrichir son patrimoine, de consommer selon ses goûts et ses désirs, de se ménager des rentes, d'investir dans les affaires les plus prometteuses (éventuellement les siennes!) ...

Le quatrième point a quelque chose de navrant : pourquoi ne pourrait-on comparer les revenus d'un actionnaire et d'une secrétaire sans être accusé de démagogie ou de stupidité ? Parce que la justification est trop difficile ? Parce que la "morale", si c'est par ce biais que la question est examinée, ne serait pas pertinente en économie ? L'ac -
croissement continu de cet écart est en outre jugé "normal". Il ne peut conduire qu'à la désintégration ou à la révolte*. Les "libéralistes" exposent ainsi les thèses de Marx !!
* " Entre les hommes, il n'existe que deux relations: la logique ou la guerre." P. Valéry

On en vient alors au dernier point, le plus délicat sans doute. Cette même affirmation de "l'embarras" de la morale est quelquefois avancée en politique, à tort, car la morale y intervient à l'évidence par l'intermédiaire de l'électeur qui l'intègre (ou pas!) dans son choix. Les responsables des entreprises ne sont pas élus. La morale dans l'entreprise n'est donc que celle que ceux-ci veulent bien y mettre. Il y a une autre objection fréquente: la morale dit le bien et le mal, alors que l'action économique pour les entreprises, les bénéfices, ne sont ni un bien, ni un mal, mais une nécessité. C'est vrai. Ce n'est pas la morale qui intervient alors, mais la "justice" qui s'en distingue: la "justice" ne dit pas le bien et le mal, mais décide de la légalité des actes, de leur sanction éventuelle et, surtout, intervient pour régler les différends dans un but de paix sociale.
La paix sociale n'est pas une question négligeable dans la vie des entreprises. La "justice" a par ailleurs été élevée au rang de vertu cardinale dès les débuts de la philosophie. Tout décideur est soumis à l'examen de la "justice" de ses décisions, y compris dans l'entreprise. Comparer les revenus d'un actionnaire et d'une secrétaire relève de cette vertu. Ajoutons, pour terminer, une déclaration de SS JPII (lettre encyclique) :

" Le problème clé de l'éthique sociale est celui de la juste rémunération du travail accompli . Dans le contexte actuel, il n'y a pas de manière plus importante de réaliser la justice dans les rapports entre travailleurs et employeurs que la rémunération du travail ... La justice d'un système socio-économique et, en tout cas, son juste fonctionnement, doivent être appréciés en définitive d'après la manière dont on rémunère équitablement le travail humain dans ce système...".

Conclusion
Les "libéralistes" ont raison: il ne faut pas trop se plaindre que la France soit championne des dividendes. Si elle était championne de la hausse des salaires, ou de la baisse du chômage, ce ne serait pas mal non plus, … en particulier pour les secrétaires !

avatar
max mayneris

Masculin Nombre de messages : 190
Age : 72
Localisation : Dax
Date d'inscription : 21/01/2016

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum