la "stratégie militaire" dans les urnes ?

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la "stratégie militaire" dans les urnes ?

Message  max mayneris le Mar 13 Juin - 10:30

LA STRATEGIE MILITAIRE DANS LES URNES ?

On aura beaucoup voté au cours de ce premier semestre 2017. Le militaire peut s’interroger à propos du poids des « questions de défense » sur le vote,
plus généralement dans la politique …

La politique, même si certains de ses acteurs s’en défendent, vise d’abord à la conquête du pouvoir, puis à sa conservation, et il n’y a là rien de choquant,
encore moins de pervers. Ce que l’on appelle habituellement «la politique» est de fait (si on exclut les pesantes chicanes liées au choix des hommes …)
la stratégie de niveau national, c’est-à-dire les déclarations d’intentions puis les décisions en vue d’assurer le « bien-être » des citoyens, la « grandeur » de
la Nation. La proposition d’une stratégie est le moyen principal de conquête du pouvoir dans une démocratie, l’efficacité de la stratégie le meilleur moyen de
conserver ce pouvoir.
La stratégie militaire (en gros, le rôle et les moyens donnés à la force armée) est une composante de la stratégie, donc de la politique. En quoi participe-t-elle
à la réalisation des buts opérationnels de la politique ( conquête et conservation du pouvoir) ? On peut reformuler la question d’une autre manière, moins ambigüe :
la stratégie militaire, son expression, sont-elles électoralement rentables ? La réponse à cette question conditionne les relations du militaire et du politique !

Je crains que le recours à la force armée ne soit pas un sujet sûrement capteur de suffrages, sauf « cas de légitime défense ». Envisager, proposer d’engager
la Nation dans une guerre «de libération» pour favoriser ou imposer la démocratie, dans une guerre «préventive» pour stopper le développement d’un régime
ou d’une menace militaire potentiellement dangereux, dans une guerre d’intérêt économique, de «convoitise», pour s’approprier des richesses et s’assurer la
prospérité, dans une guerre «d’intimidation» pour s’assurer la suprématie, ou même dans une guerre «de compassion» pour se porter au secours de populations
maltraitées par des régimes étrangers oppressifs, risque fort d’effaroucher le " grand public " ( sauf, peut-être, à prendre part à une forte coalition internationale
approuvée par l’ONU ) , plus que de l’enthousiasmer, dans nos sociétés habituées à la paix et au confort. Ce « grand public » préfère aujourd’hui, à tort ou à raison
(l’avenir nous le dira), les conciliabules et les manoeuvres diplomatiques (ou économiques). A cette touche de pacifisme, jugée humaniste et prudente, ajoutons
qu’une suspicion semble subsister dans l’opinion*. En outre, l’actualité engage le citoyen à privilégier sa «sûreté immédiate», éventuellement sa «sûreté rappro -
chée», plutôt que sa «sûreté éloignée», précisément la spécialité des militaires. Ainsi, l’interventionnisme armé est-il incontestablement considéré comme péril -
leux en politique. La professionnalisation des armées, c’est vrai, atténue sensiblement cette crainte.
Fourbir un puissant outil militaire au titre du principe de précaution n’est électoralement « rentable » que si l’état de nos finances est encourageant !

Voilà, peut-être, ce qui explique la discrétion des relations entre le politique et le militaire (en particulier à l’occasion des «campagnes» ), et peut-être aussi ce qui
explique que le budget militaire est une « variable d’ajustement » de la dépense publique très tentante … Mettons-nous à la place d’un candidat à une élection sou -
mis à rude concurrence ! Même en appelant à l’Histoire, à la philosophie, au bon sens, aux sentiments, ... ou à la théorie des jeux, il lui est très difficile d’entrainer massivement à sa suite, avec « la foudre et la poudre », un électorat d’abord attentif à son sort à court terme et généralement peu désireux d’en découdre ! Un tel
projet pourrait même lui causer quelques déboires !

Ce constat sans surprise, que l’on peut juger passablement « populiste » ou cynique, amène néanmoins à une double conclusion :
. le militaire doit d’abord compter sur lui-même pour assurer la pédagogie des questions de défense, les faire peser dans les élections;
les responsables politiques auraient tout autant d’intérêt à cela, ainsi qu’à faciliter l’accès des militaires aux grands médias, pour éviter d’aborder prématurément et
dans l’inconnu les questions sur la stratégie militaire inévitables, souhaitables dans une démocratie avancée ;
. la force armée est à l’évidence un facteur primordial de la sécurité donc du bien-être, de la souveraineté donc de la grandeur ; rap -
pelons aussi que dans la guerre « il n'y a pas de substitut à la victoire » ( Gal Mac Arthur), … en particulier pour conserver le pouvoir ; le « militaire » est donc, sans
aucun doute, un intervenant indispensable dans l’élaboration de la stratégie, c’est-à-dire dans la politique !


* « Ce qui n'a pas changé, c'est le lien étroit entre les Etats et les forces armées, qui sont pour ces derniers un instrument particulièrement commode de contrôle, plus
facile à employer que l'économie, les échanges ou d'autres instruments de la politique étrangère. Le désir est toujours présent de transformer les problèmes de po -
litique étrangère en quelque chose qui puisse être résolu par la force militaire. ( "Penser la stratégie" - B. Heuser )
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