Du "mou" dans la République ?

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Du "mou" dans la République ?

Message  max mayneris le Lun 14 Nov - 11:38

Du "mou" dans la République ?

La campagne électorale est une source abondante de commentaires. Un sujet a particulièrement attiré mon attention. Des commentateurs,
et des Candidats aussi, ont exprimé une forte crainte : la perspective d'un exercice "mou" du Pouvoir. On peut donc se demander ce que contient ce qualificatif.

L'absence de ligne de conduite, de buts, d'objectifs clairement affichés, l'indécision, la procrastina - tion, la hantise de déplaire, ne sont pas des signes de "mollesse", mais d'une inaptitude à diriger, ce qui est différent et sans doute plus grave ! Eliminons ces déficiences comme éléments de réponse à la question posée.
Intéressons-nous alors aux "4 vertus cardinales" reconnues , depuis l'Antiquité, comme les bases du "bon comportement". Elles sont, dans l'ordre d'importance: la prudence, la tempérance, la justice, le courage. Sur ces quatre propositions, les deux premières peuvent être jugées
a priori comme des formes "molles" du caractère et de l'exercice du Pouvoir. La troisième peut évoquer le recours aux concessions, aux demi-mesures.
Il faut donc revenir sur le contenu "philosophique" de ces notions pour en apprécier la "mollesse" . Le " Petit traité des grandes Vertus"
peut nous aider.

" La prudence: éthique de la responsabilité, laquelle, sans renoncer aux principes, se préoccupe des conséquences prévisibles de l'ac -
tion ... la prudence est celle, des quatre vertus cardinales, qui doit diriger les 3 autres...". Il est à noter que la prudence n'intervient que
lors d'une prise de risques, lorsqu'on innove, lorsqu'on met de l'aventure dans son jeu : tout sauf de la mollesse . La lucidité, la maîtrise, l'intelligence, voire la ruse, l'esprit de responsabilité, se mêlent alors dans la prudence.

" La tempérance: vertu non d'exception, mais de règle, non d'héroïsme mais de mesure, la tempé - rance n'est pas un sentiment mais une puissance ... qui maîtrise le désir " . Maîtriser le désir, contenir la passion, sans les supprimer, se prémunir de l'égarement, ne me parais -sent pas, non plus, de la "mollesse" .

" la justice: la justice est l'égalité, mais l'égalité des droits " . Concevoir le droit applicable à tous, dans l'intérêt général, en imposer l'application, ne me paraît pas, encore une fois, un signe de "mollesse". La justice, lorsqu'elle désigne la volonté d'attribuer des bénéfices
selon des mérites, de hiérarchiser, discriminer de cette façon les possibles bénéficiaires, n'est en aucun cas de la " mollesse" et force à
faire des choix .

On peut encore ajouter une vertu, non cardinale, souvent considérée comme l'ingrédient principal de la "mollesse": la douceur.

" La douceur: la douceur est une force, la maîtrise de la violence, elle est respect, protection, bien - veillance, juste milieu entre irascibilité
et mollesse; il y a de justes et nécessaires colères, comme il y a de justes guerres et des violences justifiées: la douceur en dispose et décide ...".

Et enfin, à propos de la "politique" :
" ... la politique, c'est aussi l'art de partager le pouvoir ... la politique n'est pas le contraire de l'égoïsme, mais son expression collective, ... il s'agit d'être égoïstes ensemble, en organisant des convergences d'intérêt, ce qu'on appelle la solidarité; la générosité est une vertu individuelle, la solidarité une vertu politique; la grande affaire de l'Etat, c'est la régulation des égoïsmes; il faut faire de la politique parce que la morale ne suffit pas, parce que l'économie ne suffit pas; ... entre l'angélisme et la barbarie, il y a la politique ... " .

Je m'en tiens là pour ne pas épuiser les amicalistes !

Mon cerveau abîmé retiendra finalement deux conclusions :
- il n'est pas si facile de distinguer entre "mollesse" et ferme attachement aux vertus !
- s'écarter momentanément des vertus peut être jugé, dans certaines circonstances, encore plus sage que de s'y soumettre aveuglément ; il faut alors être parfaitement conscient du risque encouru, le mesurer, l'avouer clairement, et surtout en assumer l'entière responsabilité ... Que d'exigences !

Montesquieu nous avait averti: la République fonctionne à la vertu !
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